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Le boycott en vedette , un article d’Huguette Chomski Magnis

vendredi 9 juin 2006

Est-ce pour camoufler la gravité des affrontements interpalestiniens ? On reparle beaucoup de boycott à propos du Proche-Orient.

La fédération de l’Ontario du puissant syndicat des fonctionnaires canadiens CUPE vient de voter en faveur du boycott d’Israël. Quant au syndicat de l’enseignement supérieur britannique NATFHE, sa Conférence a adopté, sans consultation des adhérents, un appel au boycott des universitaires israéliens. Près d’un an après les attentats de Londres qui on fait 56 morts, telle est la priorité internationale définie par la très bureaucratique direction de ce syndicat.

Parce qu’il s’agit d’une mesure discriminatoire (elle frappe, seuls entre tous, les citoyens israéliens pour cause d’identité), et qu’elle a des relents d’inquisition (les présumés coupables peuvent échapper à la sanction individuellement au prix de la condamnation publique de la politique de leur état), elle rencontre de vives oppositions parmi les intellectuels britanniques et au sein du mouvement syndical universitaire.

Néanmoins, chez nous, c’est contre le boycott ... du Hamas que se mobilisent deux fleurons de l’intelligentsia. Dans une tribune au ton démagogique, Esther Benbassa et François Burgat montent au créneau.(1)

A la question provocatrice que posent les duettistes, "où passe la frontière entre l’islam et le terrorisme ?", il est pourtant simple de répondre.

Il suffit de faire écho aux voix courageuses venues du monde arabo-musulman, celle par exemple de Muhammad Al-Hamadi (2) qui réclame aux oulémas et aux grandes institutions religieuses de la Mecque et d’Al-Azhar "des fatwas condamnant le terrorisme contre les civils innocents, quelles que soient la religion, l’appartenance ethnique, la couleur ou l’origine de ces derniers".

Voilà qui trace une frontière claire, en condamnant une "culture de meurtre et de perdition, culture de mort souriante" qui est aussi celle du Hamas.

Soutenu par le terrible régime de Téhéran, le Hamas est porteur de l’idéologie islamiste des Frères Musulmans.

Son projet ne relève pas du nationalisme palestinien, il s’inscrit dans le cadre de la "Nation musulmane". Pour s’en faire une idée, mieux vaut lire le Hamas dans le texte, c’est à dire dans sa Charte (adoptée en 1988) dont voici quelques aperçus :

"Notre bataille contre les Juifs est très glorieuse et sérieuse."...."la Palestine est un Waqf islamique consacré aux générations de Musulmans jusqu’au Jugement dernier"... "Tel est le statut de la terre de Palestine dans la Charia et il en va de même pour toutes les terres conquises par l’Islam" ... "Le jour du jugement dernier ne viendra pas avant que les Musulmans ne combattent les Juifs. Les rochers et les arbres diront, O Musulmans, O Abdallah, il y a un Juif caché derrière moi, viens le tuer".

Mots creux que le pragmatisme fera tomber en désuétude ?

L’histoire nous a pourtant appris que les discours de haine préparaient toujours les actes de haine.

Au demeurant le Hamas a le verbe performatif : dire c’est faire. Sa pratique, provisoirement mise en veilleuse pour des raisons tactiques, est conforme à son idéologie. C’est le Hamas qui a introduit dès 1994 dans le conflit israélo-palestinien l’attentat dit "suicide". Ce vulgaire sacrifice humain au service du culte de la mort de l’Autre a été un poison mortel pour les espoirs de paix au Proche-Orient.

Célébré en grand pompe par le régime iranien qui entretient une "armée de martyrs pour Jérusalem", son usage s’est répandu dans le monde entier et menace aujourd’hui toute l’humanité.

Ne pas reconnaître cette menace est suicidaire. Vouloir composer avec elle est indigne. Prétendre faire le tri entre les victimes d’attentats est ignoble.

Il n’y a aucune différence de nature entre la gigantesque attaque du 11 septembre, les attentats commis à Bali, Djerba, Casablanca, Londres, Dahab. et l’acharnement quasi-quotidien, hier contre les civils d’Israël, aujourd’hui contre ceux d’Irak. Avec cette spécificité que les attentats antiisraéliens s’inscrivent dans un projet génocidaire, dimension qui ne peut être ignorée lorsque l’on se penche sur les causes du conflit et la grande souffrance palestinienne.

C’est ainsi que doit être abordée l’attitude à avoir face au Hamas, parti de gouvernement du proto état palestinien.

Que vaut l’accusation de mépris envers le choix démocratique des Palestiniens portée contre ceux qui refusent de légitimer le Hamas ?

Le droit démocratique de chaque peuple à disposer de lui-même et à élire ses représentants est transcendé par les valeurs d’humanité et d’universalité.

Si l’on n’admet pas que l’irrespect de ces valeurs, avec leur traduction en termes de droits humains et démocratiques, puisse rendre un choix électoral illégitime sur le plan éthique et politique, on restera pris au piège de la possible accession au pouvoir de partis totalitaires par la voie électorale !

Il revient à la communauté et à l’opinion internationales de refuser de leur accorder la légitimité qui fut jadis octroyée à Hitler, lui aussi légalement élu. On peut imaginer les retentissants "Non au boycott du Parti National-Socialiste" que certains auraient opposé à une attitude qui, hélas, ne fut pas adoptée par la diplomatie internationale..

Les défenseurs auto-proclamés des Palestiniens ont tort de faire pression pour que visas, normalisation politique et caution populaire soient accordés au Hamas.

Aider les Palestiniens c’est assurer que l’aide humanitaire leur parvienne sans être détournée de ses objectifs, c’est aussi les aider à rejeter le terrorisme, l’idéologie islamiste, les attentats suicides et les tirs de missiles tirés sur des zones d’habitation israélienne à partir de zones d’habitation palestiniennes.

Ce doit être l’honneur des authentiques amis des Palestiniens que de refuser tout soutien moral à des organisations qui ont revendiqué des attentats contre des civils !

Il y a en France des gens qui pleurent un proche disparu dans un attentat revendiqué par le Hamas, comme celui du Park Hotel de Natanya en avril 2002, ou que le Hamas s’est refusé à condamner, comme celui de Tel Aviv le 17 avril dernier, revendiqué par le Djihad Islamique. Ces Français sont en droit d’espérer la solidarité de tous leurs concitoyens.

L’enjeu, on l’a vu, dépasse de très loin le conflit du Proche-Orient !

La condamnation du terrorisme ne saurait être à géométrie variable, elle est du registre de l’universel.

(1) Non au boycott du Hamas, Libération 5 juin 2006

(2) Article publié en avril dans le quotidien des Emirats Arabes Unis Al-Ittihad

Huguette Chomski Magnis

Présidente du Mouvement Pour la Paix et Contre le Terrorisme


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