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JUSTICE : Sale temps pour les victimes du terrorisme

vendredi 28 août 2009, par MPCT

Le journal Libération publie dans ses pages Rebonds du vendredi 28 août 2009 (1) de larges extraits de l’article JUSTICE : Sale temps pour les victimes du terrorisme, rédigé par notre présidente le 23 août.

Nous publions l’intégralité de l’article (2), jugé trop long par Libération.

Il nous semble intéressant de relier, du point de vue du droit à la justice pour les victimes du terrorisme, les affaires des attentats de Lockerbie et de l’AMIA.

(1)http://www.liberation.fr/monde/0101587263-sale-temps-pour-les-victimes-du-terrorisme

(2) article du 23 août 2009, réactualisé le 27

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L’actualité illustre combien le droit des victimes du terrorisme à obtenir justice est battu en brèche.

- La libération du Libyen Al-Megrahi

Elle a fait grand bruit. Il faut dire d’emblée que la libération, pour des raisons humanitaires liées à son état de santé, d’un criminel, fut-il terroriste et condamné à la réclusion à perpétuité, n’est pas choquante en soi.

Mais dans l’épilogue de l’affaire de l’attentat de Lockerbie, tout donne la nausée :

Véritable gifle pour les familles des 270 victimes, en grande majorité américaines mais aussi britanniques, en particulier 11 habitants du village écossais de Lockerbie, un accueil triomphal a été organisé par le régime libyen à Abdel Basset al-Megrahi, reçu par Kadhafi lui-même. La décence élémentaire eut exigé un transfert discret du malade.

Le battage médiatique était au rendez-vous, orchestré par l’incontournable Seïf al-Islam (le sabre de l’Islam) Kadhafi, Président de la fondation Kadhafi et patron de la toute nouvelle chaîne de télévision Al-Motawassit ("La Méditerranée") qui avait l’exclusivité (sic) pour filmer l’arrivée d’Abdelbasset al-Megrahi à Tripoli. Les photos du « héros » s’étalaient en "une" de journaux proches de Seif Al-Islam, Oéa et Korina. Le journal Al-Shams saluait, lui, le "retour victorieux du héros" après des années de souffrances en écrivant : "L’otage libéré est retourné à sa patrie et à sa famille … »

On est bien loin de l’urgence humanitaire officielle, bien loin aussi de la prétendue reconnaissance libyenne de sa responsabilité et de la soi-disant rupture de Kadhafi avec les errements d’un passé terroriste.

Voilà pour l’événement. Mais les choses étaient en préparation depuis longtemps.

Les autorités britannique sont bien embarrassées par les affirmations adroites de Seïf al-Islam sur les tractations commerciales autour du cas Al Megrahi et ses remerciements tous azimuts. La British Petroleum a bel et bien signé en 2007 un contrat de 900 millions de dollars pour la prospection de gaz et de pétrole sur le continent et en off shore. Les affaires sont les affaires, peu regardantes sur la justice, les droits humains et le droit des victimes en particulier.

Surtout, l’élargissement d’ Al Megrahi faisait sans doute partie du « deal » passé avec Kadhafi pour obtenir la libération des infirmières bulgares et du médecin palestinien torturés dans les geôles libyennes. Comment expliquer autrement que la justice écossaise ait accordé au condamné le droit tout à fait exceptionnel de présenter un deuxième appel après le rejet du premier en 2002 ?

Un homme de l’ombre

Il faut souligner le rôle actif joué dans l’affaire Lockerbie par le Professeur Hans Köchler, nommé par Kofi Annan, alors Secrétaire Général de l’ONU, observateur au procès Lockerbie.

Köchler n’a eu de cesse de dénoncer un procès truqué. Bien entendu, rien ne peut être écarté à priori : un expert indépendant peut bien mettre à jour des dysfonctionnements et la demande d’une nouvelle enquête peut être justifiée. Après tout, le FPLP et l’Iran menaçaient aussi les avions des compagnies américaines. Mais il est intéressant de se pencher sur le parcours de Hans Köchler.

Köchler est président et fondateur d’une ONG au nom sympathique, International Progress Organization, pionnière du fameux dialogue des civilisations et attentive à la promotion des relations Occident-Islam. Un examen rapide des documents de cette ONG témoigne d’une approche relativiste du terrorisme qui exempte de condamnation les actes terroristes commis dans le cadre d’une résistance nationale au nom de la légitimité de cette dernière. Il a aussi déclaré en 2008 que le 11 septembre a pu être un « inside job ». Plus précisément, sur l’attentat de Lockerbie, l’International Progress Organization défendait dès 1992 la Libye et contestait à la justice écossaise le droit de juger les suspects d’un attentat portant commis sur son territoire. Dans son argumentaire le Professeur mit sur le même plan la détention d’Al Megrahi et celle des infirmières et du médecin palestinien ! (Peut-être le témoignage de ce dernier a-t-il pu lui faire saisir depuis la nuance entre une détention en Ecosse et en Libye.)

On peut donc s’interroger sur l’impartialité d’un tel expert, présumé indépendant, et se demander s’il avait les qualités requises pour la tâche que l’ONU lui confia.

Monsieur Köchler ne s’est pas - ou pas encore - intéressé au procès de 1999 à l’issue duquel la Cour d’Assises de Paris prononça par contumace la condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité de 6 ressortissants libyens haut placés – dont le beau-frère du Colonel Kadhafi, responsable des services secrets libyens, pour l’attentat du DC 10 d’UTA. Il fit 170 morts, de 18 nationalités, au-dessus du désert du Ténéré le 19 septembre 1989. Les peines n’ont bien sûr jamais été exécutées.

Et maintenant ?

Si d’aventure un expert devait contester ce jugement, cela tomberait plutôt bien, la demande d’extradition des condamnés, toujours valide juridiquement, semblant enterrée en haut lieu au nom de choix politiques qui passent par la réhabilitation de Kadhafi.

Pourtant les indemnités financières versées par la Libye aux victimes des attentats qui lui ont été imputés n’exemptent pas ses citoyens et ses dirigeants de leur responsabilité pénale.

Moralement, politiquement, juridiquement le régime de Kadhafi est loin d’avoir soldé ses comptes !

- Une affaire qui ne fait pas la une, celle de l’attentat de la mutuelle juive argentine AMIA

Perpétré en juillet 1994, ce fut l’attentat le plus meurtrier de l’histoire douloureuse de l’Argentine puisqu’il fit 85 morts et plus de 200 blessés.

La décision du Président Ahmadinejad de confier le Ministère de la Défense e au général Ahmad Vahidi indigne les victimes de l’AMIA et leurs familles. Et pour cause : comme l’a rappelé le procureur argentin en charge du dossier, Alberto Nisman, Ahmad Vahidi est, comme quatre autres citoyens iraniens et un Libanais, sous le coup d’un mandat d’arrêt de la justice argentine et également recherché par Interpol pour implication présumée dans l’attentat de l’AMIA !

Depuis un vote à la majorité de ses membres, intervenu en assemblée générale réunie au Maroc en novembre 2007, la recherche de ces accusés fait même l’objet d’une « priorité maximale » pour Interpol.

La désignation de Vahidi par Ahmadinejad, président élu (sic) a été « démocratiquement » soumise au Parlement iranien. Affaire à suivre donc. Pour l’heure le Chargé d’affaires argentin à Téhéran a été convoqué au Ministère des Affaires Etrangères en protestation contre « une réelle intrusion dans les affaires internes iraniennes » ! La tension monte.

Le régime des mollahs et son président n’en sont pas à une provocation près. Si bien qu’on peut même s’étonner qu’il ne confie pas à Vahidi le Ministère de la Justice ! Il serait alors en première ligne pour rendre sa liberté à notre compatriote arbitrairement assignée à résidence et pour répondre aux accusations d’assassinats, viols et tortures perpétrés dans les prisons iraniennes.

Quant aux victimes de l’AMIA et à leurs familles qui, année après année, écrivent les noms des morts et brandissent leurs portraits dans des cérémonies du souvenir, la torture morale de voir indéfiniment bafoué leur droit à obtenir justice, devient insupportable.

Exiger l’extradition de chacun des accusés, tout ministre qu’il puisse devenir, afin qu’il soit jugé au cours d’un procès équitable, est un impératif moral et démocratique de la défense des droits humains universels.

Huguette Chomski Magnis

Présidente du Mouvement Pour la Paix et Contre le Terrorisme Membre de l’Alliance Internationale Contre le Terrorisme

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