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L’ONU, le racisme et le terrorisme

vendredi 8 mai 2009

A la demande de nombreuses personnes qui n’ont pu assister à la Conférence du 7 mai 2009 "Après Durban II, où va l’ONU ?", voici dans sa version intégrale l’intervention d’Huguette Chomski Magnis , Présidente du MPCT

Une intense activité a précédé la Conférence d’examen de Durban, nous nous avons préféré prendre date pour après DURBAN 2, pour en tirer des enseignements avec Bernice Dubois, Malka Marcovich et Fodé Sylla, trois acteurs, depuis Durban I, de la résistance aux dérives de l’ONU.

Le Mouvement Pour la Paix et Contre le Terrorisme n’a pas fait le voyage de Genève. Nous n’avons pas le statut d’ONG accréditée auprès de l’ONU. Et notre association ne s’est pas créée spécifiquement contre le racisme puisque existent dans notre pays des organisations anti-racistes comme la LICRA (Ligue Contre le Racisme et l’Antisémitisme) et SOS Racisme, mais bien contre le terrorisme.

Entre racisme et terrorisme existe une relation perverse.

Le terrorisme sape la confiance, distille la suspicion au quotidien. Plus que tout autre, le monstrueux mode opératoire du terrorisme dit « suicide » fait s’insinuer la méfiance. Ce n’est plus sous son siège que le passager va regarder, mais vers ses voisins. Alors, si la menace est prégnante, si les attentats se succèdent, si le terrorisme s’installe dans une société, quelque chose y est irrémédiablement rompu pour le ‘vivre ensemble’.

Le terrorisme islamiste nourrit le racisme antiarabe.

Je me souviens d’un reportage réalisé tout de suite après les attentats de Madrid. Des jeunes d’origine maghrébine de la région parisienne disaient leur révolte de sentir peser sur eux dans les trains de banlieue des regards lourds de suspicion. Etre soupçonné injustement quand on est innocent est intolérable ! En la matière, la suspicion au faciès est stupide puisque, on vient de le voir à nouveau en Allemagne, les terroristes peuvent être recrutés par les islamistes parmi des convertis.

Avant que Bernice, Malka et Fodé ne nous montrent comment l’ONU s’occupe ou ne s’occupe pas du racisme et discriminations, on peut essayer de voir comment elle s’occupe du terrorisme.

En allant sur le site de l’ONU on trouve le terrorisme évoqué dans deux des cinq grandes rubriques, « Paix et Sécurité » et « Droits de l’Homme. »

- Dans la première, on nous rappelle que le terrorisme figure à l’ordre du jour de l’ONU depuis des décennies, que 13 conventions ont été élaborées, qu’un Comité Contre le Terrorisme existe et que le rapport de Kofi Annan pour une stratégie anti terroriste mondiale, qui porte le nom magnifique « S’unir contre le terrorisme » a été adopté en septembre 2006.

Tout ceci est vrai.

Mais quand l’ONU dit pourvoir s’appuyer sur un CONSENSUS auquel les dirigeants du monde sont parvenus pour condamner le T sous toutes ses formes, elle ne dit pas vrai. Il n’y a pas de consensus.

C’est la raison pour laquelle les crimes de terrorisme sont exclus du champ de compétence de la Cour Pénale Internationale.

Il n’y a pas de consensus sur une définition universelle du terrorisme.

Non pas parce qu’il serait difficile de définir le terrorisme.

L’obstacle est idéologique : la majorité des pays membres de l’ONU penche pour une approche relativiste du terrorisme, c’est à dire qu’on ne se déterminera pas selon la nature objective d’un acte, un attentat visant des civils, un attentat dit suicide, une prise d’otages mais selon le contexte.

Autrement dit, un même acte sera caractérisé différemment, acte de terrorisme ou au contraire acte de résistance, selon l’identité des victimes et selon la cause qu’il prétend servir.

C’est donc bien du refus d’une réprobation universelle qu’il s’agit. Refus terrible et paralysant.

Notre condamnation universelle du terrorisme se fonde sur l’attachement à des droits universels de la personne, le refus de cette condamnation marque l’abandon des valeurs de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

Or, l’avenir de l’humanité est en jeu.

Il faut savoir par ex que dans la récente vague, sanglante, d’attentats en Irak une femme a été envoyée se faire exploser le 23 avril au milieu d’une foule de femmes et d’enfants qui faisaient la queue pour recevoir une aide alimentaire. Selon des témoignages rapportés par le New York Times, cette femme, sans doute convaincue par ses commanditaires de laver ainsi son honneur, tenait un enfant par la main.

On est là !

A l’ONU le seul point positif, à mon sens , c’est que la parole ait enfin été donnée aux victimes du terrorisme lors d’un symposium en septembre dernier.

Un vidéo a été récemment postée sur la page « action de l’ONU contre le terrorisme. »

Elle permet d’entendre la parole de 18 victimes de toutes nationalités, de ts les continents. Il faut la visionner .

On peut entendre notamment le témoignage de Françoise Rudetzki et celui de notre partenaire israélien dans la construction de l’Alliance Internationale Contre le Terrorisme, Arnold Roth, père d’une jeune victime de 15 ans.

Je le souligne d’autant plus que de très fortes pressions s’étaient exercées pour l’interdire de parole, en raison de sa nationalité, comme si sa fille n’était pas une victime du terrorisme comme les autres. .

- La deuxième mention du terrorisme par l’ONU on la trouve ds la rubrique "Droits de l’Homme".

De multiples rapports ont été consacrés à la protection des droits humains et des libertés fondamentales dans la lutte anti terroriste.

Ce sont des préoccupations légitimes. Et dans le rapport que le Rapporteur spécial sur ces questions, Martin Scheinin a présenté au Conseil des Droits de l’Homme en févier, il n’y a rien de scandaleux. Il aborde les questions de détention administrative , de détention préventive indéfinie, de torture, tous sujets graves.

Mais ce qui frappe c’est qu’à aucun moment le Conseil des Droits de l’Homme, le Haut Commissariat aux Droits de l’Homme ne se penchent sur la violation majeure des droits humains qu’est le terrorisme.

Il y a là une dichotomie stupéfiante.

D’un côté le terrorisme et les préoccupations sécuritaires des états, avec les victimes réifiées, figées dans leur rôle de victimes.

De l’autre, les Droits de l’Homme qui ne seraient concernés que par les dérives de la lutte anti terroriste.

Des droits humains des victimes du terrorisme, le premier des ces droit étant le droit à la vie, il n’est jamais question.

Il me semble que c’est révélateur d’une inversion des valeurs qui ronge l’ONU.

Huguette Chomski Magnis Présidente du Mouvement pour la Paix et Contre le Terrorisme

Cette intervention a servi d’introduction à la conférence

« Après Durban II, où va l’ONU ? »

avec Bernice Dubois, Malka Marcovich et Fodé Sylla

et modérée par Bertrand Lebeau

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