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Nigeria : des crimes intolérables

mercredi 5 mars 2014, par MPCT

- Connaîtrons-nous jamais leurs noms ? Saurons-nous qui ils étaient ? Quelles étaient leurs matières préférées et celles qu’ils n’aimaient guère ? S’ils étaient turbulents ou attentifs ?

S’ils voulaient devenir enseignants ou médecins ? S’ils étaient sportifs ou musiciens ?

Ils avaient entre 15 et 20 ans ces 59 garçons, pensionnaires du collège fédéral de Buni Yadi, dans l’état de Yobe, au nord est du Nigeria.

Ils furent massacrés le 25 février, aux premières heures du matin, par les féroces islamistes de Boko Haram. Brûlés vifs, enfermés dans leurs dortoirs, achevés par balles et à l’arme blanche quand ils tentaient de fuir par les fenêtres.

- De telles équipées nocturnes sanglantes se sont multipliées tuant des centaines d’élèves. 29 enfants et un enseignant ont été assassinés le 6 juillet 2013 dans un pensionnat, plus de 60 étudiants d’un collège agricole massacrés le 29 septembre.

On nous dit que Boko, dérivé de l’anglais « book » signifie « éducation occidentale. » « Haram » exprime l’interdit , le péché pour le Coran.

Une « éducation occidentale » ? A laquelle on préférerait une « éducation orientale » ou une « éducation africaine » ?

Non, il s’agit d’interdire par la terreur l’éducation tout court, violant un droit essentiel, inscrit dans l’article 26 de la déclaration universelle des droits de l’homme, vieille de 66 ans : « Toute personne a droit à l’éducation. »

Pour Boko Haram, comme pour les talibans, toute éducation émancipatrice et égalitaire doit être interdite.

Le savoir, la science, le livre, les humanités, la culture universelle, tout doit être banni au profit de l’enseignement de la haine, de l’embrigadement et de la soumission à la charia.

Ceci pour les garçons. Les filles, elles, doivent être enfermées.

Si Boko Haram enlève des filles, les terroristes qui ont investi leur dortoir le 25 février n’ont pas touché aux jeunes filles du pensionnat. Ils leur ont ordonné de rentrer chez elles, de renoncer pieusement à l’éducation et de se marier.

Cibler les établissements scolaires est au centre de la stratégie de Boko Haram pour établir un état islamique.

Le crime paie : les malheureux parents terrorisés par les attentats sanglants retirent leurs enfants de l’école et les autorités incapables d’assurer leur protection ferment les établissements.

Boko Haram a aussi une visée génocidaire, voulant chasser les Chrétiens du nord du pays à majorité musulmane.

Les exactions des islamistes ont fait 300 morts au Nigeria en un mois. Un village entier a été rasé.

- Quelle est la réaction du monde ? L’indifférence. Jusqu’ici, ONU, UNICEF, et UNESCO ont gardé le silence.

Comment ne pas mesurer la gravité de cette situation, ce qu’elle a d’effarant pour l’avenir de l’humanité ?

Si on ne peut tout, on peut du moins faire quelque chose.

Nous appelons les autorités françaises, l’Union européenne et l’ONU à inscrire d’urgence Boko Haram sur la liste des organisations terroristes. Boko Haram se rend coupable de crimes contre l’humanité pour lesquels ses dirigeants devront être jugés.

Nous appelons l’ONU, l’UNICEF et l’UNESCO à placer sous leur protection les élèves qui veulent s’instruire au péril de leurs vies, et leurs enseignant-es, au Nigeria, en Afghanistan, au Pakistan ou ailleurs.

Nous nous devons d’apporter toute notre solidarité à celles et ceux qui ne veulent pas céder devant le terrorisme, aux Malalas anonymes, aux élèves et aux enseignant-es qui vont à l’école la peur au ventre.

C’est pourquoi nous appelons au lancement d’un Prix de l’Education et de la Liberté d’expression qui récompensera un-e de ces anonymes qui nous font espérer en l’humanité.

Il a déjà son trophée. (1)

Pour mettre en œuvre ce projet, nous avons besoin du soutien de nos concitoyens, actrices et acteurs de la société civile.

Car on ne saurait enseigner l’égalité ici en tolérant la barbarie ailleurs, ni défendre la laïcité ici en laissant l’obscurantisme gagner du terrain dans le monde.

Paris, le 28 février 2014

Mariam Abdo, féministe franco-libanaise

Fazal ur Rehman Afridi, president de l’Institut de Recherche et d’Etudes Stratégiques de Khyber

Diagne Chanel, plasticienne, présidente du Comité Soudan

Huguette Chomski Magnis, coordinatrice du Collectif Contre le Terrorisme

Lise Haddad, présidente du Mouvement Pour la Paix et Contre le Terrorisme

Malka Marcovich, historienne, consultante internationale

Alain Seksig, inspecteur de l’Education Nationale

Annie Sugier, présidente de la Ligue du Droit International des Femmes

(1) Clotilde ou « Etudier fait grandir », création de Diagne Chanel

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