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LIBYE : la France et le monde face aux crimes de Kadhafi

vendredi 25 février 2011, par MPCT

Un régime sanguinaire connaît ce qui peut-être une fin de règne, assurément sanglante, et l’on s’indigne, à raison, devant la sauvagerie de la répression massive.

Voilà que l’ONU se penche enfin sur la Libye, que gouvernements de la planète et défenseurs des droits de l’homme condamnent de concert et que l’on examine des sanctions.

On s’active mais un peu tard, comme s’il avait fallu attendre qu’un dictateur chancelle pour s’autoriser ce ton ferme.

Comme si les massacres de civils n’étaient pas la marque de ce régime, à l’extérieur par le terrorisme comme à l’intérieur, avec les précédents de répression féroce d’opposants et de pogroms contre les migrants subsahariens.

Comme si les sévices infligés pendant des années aux infirmières bulgares et au médecin palestinien n’étaient que vétilles.

Aujourd’hui, les défections se multiplient parmi les hommes du régime.

- Son ex-Ministre de la Justice se laisse aller à une "révélation" en affirmant :

"J’ai la preuve que Kadhafi a donné l’ordre pour (l’attentat à la bombe) de Lockerbie".

Retour sur ce passé terroriste très présent.

Lockerbie en 1988 : 270 morts. Le DC 10 d’UTA : 170 morts en 1989.

C’est bien à tort que les compensations financières successivement consenties aux familles des victimes de ces attentats ont été présentées comme une reconnaissance de responsabilité exprimée par une Libye désireuse de rompre avec son passé terroriste.

Au mépris de l’évidence !

Al Megrahi, seul condamné dans l’attentat de Lockerbie fut libéré par l’Ecosse pour "raisons humanitaires" et triomphalement accueilli par Seif el Islam Kadhafi, ce fils "réformateur" qui n’était pas encore monté au créneau pour promettre de fleuves de sang aux manifestants libyens.

En octobre 2009, le sympathique Seif El Islam affirmait avec cynisme : " Si elle [La Libye] a versé des compensations aux victimes, c’est uniquement pour faire lever l’embargo des Nations unies." (1)

La Cour d’Assises de Paris avait bien condamné par contumace en 1999 six hauts fonctionnaires libyens, dont le beau-frère de Kadhafi, à la réclusion criminelle à perpétuité pour l’attentat du DC10 d’UTA.

Mais en dépit des mandats d’arrêt internationaux lancés, ils n’ont jamais été extradés afin d’être rejugés à Paris comme le prévoit le droit.

En vain Françoise Rudetzki a t-elle réclamé avec constance cette extradition aux gouvernements successifs de la France.

La raison d’état a voulu qu’on "tourne la page" en bafouant la justice et Françoise Rudetzki a été bien seule dans ce combat.

En octobre 2009, après la dissolution de SOS Attentats, c’est aussi en vain que j’ai demandé à Madame Alliot Marie, alors Garde des Sceaux, de se saisir de l’occasion de la présidence libyenne de l’Assemblée Générale des Nations-Unies pour inviter Kadhafi à extrader enfin les six condamnés libyens.

- Aujourd’hui Patrick Baudouin, Président d’honneur de la FIDH, envisage la saisine de la Cour pénale internationale pour crime contre l’humanité en Libye. Bravo !

Mais où était donc la Ligue des Droits de Homme quand Françoise Rudetzki portait plainte contre Kadhafi pour que sa responsabilité dans l’attentat du DC 10 soit examinée ? Que ne lui a t-elle apporté son appui face au parquet qui s’opposait à la poursuite de l’instruction ?

L’association SOS attentats est restée bien seule devant la Cour de cassation qui trancha par un arrêt rendu en mars 2001 en faveur de l’immunité de Kadhafi, au nom de la coutume internationale.

Tout comme sont restées bien seules les victimes américaines de l’attentat de Lockerbie dans leur protestation contre la venue de Kadhafi à l’Assemblée Générale de l’ONU en septembre 2009.

- Présidence libyenne de l’Assemblée Générale de l’ONU, entrée de la Libye au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, le traitement du régime libyen à l’ONU a été presque aussi hallucinant que Kadhafi lui même.

Adoubé par les uns comme "anti impérialiste", courtisé par les autres pour son pétrole, Kadhafi a été doublement protégé et son impunité doublement garantie.

Refuser de rendre justice aux victimes du terrorisme, c’était bafouer, nier leurs droits humains les plus élémentaires et encourager la poursuite du terrorisme.

On peut aussi supposer qu’autoriser les poursuites contre Kadhafi et garantir l’exécution des peines prononcées contre ses agents aurait affaibli sa dictature.

Peut-être le peuple libyen aurait-il pu soulever plus tôt la chape de plomb et des vies auraient-elles été épargnées.

Si on ne peut refaire l’Histoire, du moins peut-on en tirer des enseignements.

Huguette Chomski Magnis

(1) Le Figaro du 19 octobre 2009 "Kadhafi Jr dans les pas du guide"

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