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Béatrice Szwec, Présidente du MPCT, s’exprime longuement : à lire et partager

mardi 6 février 2018, par MPCT

Parce qu’il revient en profondeur sur le sens de notre engagement et qu’il s’efforce de situer les enjeux, pour notre association et pour la société civile tout entière, nous publions ci-dessous intégralement le rapport moral présenté par notre Présidente, Béatrice Szwec, à l’Assemblée générale du MPCT réunie à Paris le 31 janvier 2018.


- Si l’année 2017 s’est achevée par un marathon d’hommages officiels aux victimes de la vague d’ attentats islamistes des années 2015-2016, l’arrivée de 2018 se caractérise par le démarrage chaotique des procès des complices présumés des assassins.

A ce titre, on note parfois une opacité des institutions de la République que l’on peut trouver d’un autre âge. Je pense à une certaine juge d’instruction, toute puissante en matière d’instruction du procès Traoré dont elle a la charge. Après huit mois d’instruction, après des dizaines de témoignages, des expertises psychiatriques et une prise de positon du Parquet qui vont toutes sensiblement dans le même sens, celle ci refuse toujours la requalification de l’assassinat de Sarah Halimi en crime antisémite. Elle se refuse même à toute reconstitution des faits, malgré l’accord du prévenu lui-même.

Je rappelle que le MPCT, qui n’avait probablement pas la taille et les moyens nécessaires pour lancer le combat de « Vérité et Justice pour Sarah Halimi » , est le lieu où est né, début octobre, l’idée, le nom et les premières adhésions à ce Comité de soutien.

- Vous le savez, dernièrement, j’ai été quelque peu en retrait pour des questions d’ordre personnel. Je m’en excuse humblement auprès de vous et j’en profite pour vous remercier de tous les signes d’amitié et les vœux de santé que j’ai reçus des uns et des autres.

Quand j’ai entendu ce matin sur une radio juive l’essentiel de la synthèse de Me Buchinger, l’avocat de la famille Halimi, en quelques secondes, c’est tout le climat d’antisémitisme nauséabond dans lequel nous baignons depuis plusieurs mois, voire plusieurs années en France qui a défilé devant mes yeux . J’ai revu les batailles gagnées par le CCIF dont l’objectif avoué est de faire taire en prenant en otage nos biens les plus précieux : la laïcité, la liberté d’expression et l’unité de la nation autour de ses valeurs fondamentales que sont la République et la démocratie.

- Et là, il ne s’agit pas de théories du complot, si à la mode, mais d’une forme de terrorisme : la prise d’otages.

Depuis quelques mois en effet, qu’observe-t-on en France et probablement chez certains de nos partenaires européens ? On observe des procès en sorcellerie d’un genre inédit : procès d’intention comme pour Finkielkraut ou procès en justice comme pour Pascal Bruckner, Georges Bensoussan et même le Maire de Sarcelles François Pouponi.

Ces intellectuels français et bien d’autres, y compris parmi les intellectuels musulmans « engagés » sont accusés « de faire le jeu de… » dès lors qu’ils refusent de se mettre au service de la doxa et de se soumettre à des formes absurdes de racisme et d’antisémitisme, toutes nées il est vrai, au nom de prétendus combats anti racistes. Cherchez l’erreur.

- Pour en revenir aux procès des complices présumés des terroristes de l’école Ozar Hathora, du Bataclan et de l’Hypercacher qui tous ont été neutralisés lors des différents assauts , sauf Salah Abdeslam qui refuse toujours de coopérer avec la justice, que trouve-t-on ?

Face à la dignité des nombreuses parties civiles, brisées de douleur, de leurs avocats, des sympathisants et des médias tous en quête d’un instant de vérité et de justice, on trouve sur les bancs des prévenus : l’agitation, l’insolence, la lâche mise en scène de l’irresponsabilité, l’ absence totale de remord ou de compassion.

Quand, en même temps, on pense au retour des " revenants" du front de "Daesh" en Syrie ou en Irak, on en frémit d’horreur. Officiellement 280 seraient déjà rentrés tandis que d’autres, incarcérés là-bas et risquant parfois la peine de mort veulent faire jouer leur droit au retour en tant que nationaux français ! Rien n’est prêt, pas même une stratégie gagnante, pour faire face à ces menaces supplémentaires de radicalisation non maitrisable !

- En ce qui nous concerne, nous militants du MPCT, nous savons qu’aujourd’hui, ne pas élever la voix, et la pensée contre tous les terrorismes : celui qui cible délibérément civils et les symboles de l’état de droit dans nos villes, mais aussi ce terrorisme pernicieux de la pensée qui dévoie les valeurs démocratiques et citoyennes au profit de sa propre emprise idéologique, nous savons que c’est courir soi même et faire courir à notre société des dangers mortels.

Pourtant, depuis plus de vingt ans, le même déni des réalités continue d’affecter nos élites politiques et médiatiques.

Jusqu’à présent, celles-ci semblaient partagées entre la peur du désordre des banlieues, l’opportunisme politique et un fond de gauchisme culturel qui légitimaient bien des compromissions là où il aurait fallu de la conviction, de la rigueur et de l’exemplarité.

Aujourd’hui ces mêmes élites apparaissent tétanisées par une épée de Damoclès : le chantage. Il s’agit de l’angoisse des procès en islamophobie. Qu’est ce que l’islamophobie ? Un "racisme imaginaire" comme l’affirme Pascal Bruckner, taillé sur mesure par les islamistes pour faire taire. Et ils y réussissent parfaitement.

- Ne pas s’élever contre les haines, les racismes, les violences faites aux plus vulnérables, les tyrannies sanglantes, les tortures, les condamnations à mort de blogueurs de 20 ans, les exécutions de masse auxquelles se livrent des pouvoirs politico religieux, ne pas s’élever contre les épurations ethnico-religieuses ou contre la vente d’esclaves sur des marchés libyens, c’est faire preuve d’une indifférence coupable à l’égard de l’autre, cet autre soi même.

Or, ce type d’ indifférence est précisément ce à quoi nul d’entre nous : membres, amis de toujours et partenaires occasionnels du MPCT nous n’entendons pas nous soumettre.

L’objet de notre association, créée avec beaucoup d’intuition il y a une quinzaine d’années par notre amie Huguette Chomski Magnis et un petit groupe de laïques, militants progressistes et anti racistes est précisément la RÉSISTANCE.

Ne pas se laisser envahir par la pensée unique, soutenir toujours et en toutes circonstances les droits humains, les combats contre le racisme et l’antisémitisme, le droit pour tous et toutes à une même Justice, à la solidarité, et dans les cas extrêmes à la reconnaissance de sa souffrance et à sa réparation.

Oui, nous ne sommes pas les seuls sur ces créneaux et nous nous en réjouissons. Ce qui ne nous empêche pas de conserver un regard critique quand il le faut sur les débordements de nos amis, comme ce fut le cas récemment avec Amnesty international, lanceur d’un appel à faire libérer par Israël une adolescente haineuse et mal élevée. En quelques jours, celle-ci était devenue le symbole viral de la manipulation médiatique des prétendus défenseurs des Palestiniens contre le seul état de droit de la région, Israël. Nous avons trouvé cet appel " hors champ" et l’avons signalé à Amnesty dans une Lettre Ouverte.

- N’étant pas nous même une association de victimes, notre moyen d’action est de les soutenir toutes. En France et sur d’autres continents, nous cherchons à nous associer à leurs initiatives et à leur faire partager les nôtres.

Aujourd’hui, pour avoir du sens, nos actions doivent prendre en compte non seulement les valeurs que nous avons toujours soutenues mais aussi les dérives et les dévoiements dont elles font l’objet.

Pour conclure sur un mot d’optimisme : peut être le MPCT, un outil de valeur qui jouit d’une excellente réputation et d’un bon champ relationnel de terrain, aura-t-il la chance de rencontrer les perles rares que nous appelons de nos vœux : des plus jeunes que nous qui prendront la relève, enrichiront les méthodes et le champ des actions car les uns et les autres, nous sommes un peu fatigués et cela se ressent souvent.

Mon dernier conseil de la soirée, si je puis dire : ouverture mais aussi VIGILANCE. La Vigilance et l’attention aux autres sont le prix à payer pour vivre en liberté.

Rapport moral AG du MPCT du 31 janvier 20018 –Béatrice SZWEC

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